Les relations Mali-France sont au point de rupture en 2025, marquées par la souveraineté affirmée de la junte malienne et le retrait militaire et diplomatique français. La crise actuelle, exacerbée par des accusations mutuelles, un héritage post-colonial et la compétition autour des ressources stratégiques comme l’uranium, reflète une profonde recomposition géopolitique du Sahel.
La Crise Sécuritaire Aiguë et le Retrait du Partenaire Russe

La rupture sécuritaire entre Bamako et Paris, scellée par le retrait des dernières troupes françaises du Sahel (fin de la présence permanente en 2025) et la suspension totale de la coopération antiterroriste en septembre 2025, a créé un vide opérationnel immédiat qui n’a pas été comblé efficacement par les nouveaux partenaires. Cette période a coïncidé avec une escalade de la violence djihadiste. Le JNhttps://main.un.org/securitycouncil/fr/content/jamaa-nusrat-ul-islam-wa-al-muslimin-jnimIM (Jamāʿat nuṣrat al-islām wal-muslimīn) a intensifié ses attaques, imposant des sièges de fait autour de centres urbains comme Bamako, provoquant une crise humanitaire et économique grave (triplement du prix du carburant, blocus des routes). Contre toute attente et après plus de trois années de présence controversée, le groupe paramilitaire russe Wagner a annoncé son retrait du Mali en juin 2025, affirmant que sa « mission était accomplie », notamment la formation d’une armée nationale malienne « forte et disciplinée » et la reconquête de certains territoires. Ce retrait soudain, motivé selon certaines analyses par des raisons financières pour la junte malienne (coût élevé des mercenaires) et une réorganisation stratégique de la Russie (passage potentiel à la force paramilitaire Africa Corps), laisse les autorités maliennes face à un défi sécuritaire sans précédent. Le Mali, membre de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Niger et le Burkina Faso, tente désormais de bâtir une défense régionale, mais l’efficacité de cette alliance est encore mise à l’épreuve par l’avancée persistante des groupes armés, forçant la France à alléger sa présence diplomatique face à la menace croissante.
L’Héritage Uranium et la Recomposition Géopolitique du Niger
La question de l’uranium, bien que centrée sur le Niger voisin, demeure un facteur structurant des tensions géopolitiques régionales et des accusations contre la France. Historiquement, la présence militaire française dans le Sahel était perçue par ses détracteurs comme un moyen de sécuriser indirectement l’approvisionnement en uranium pour ses centrales nucléaires, le Niger étant un fournisseur majeur de l’UE. Cependant, en 2025, la dépendance française au Niger est atténuée par une politique de diversification réussie vers le Kazakhstan, le Canada et l’Australie, rendant la sécurité de l’approvisionnement moins critique qu’elle ne l’était. Parallèlement, le régime militaire nigérien issu du coup d’État a annoncé en décembre 2025 sa décision de vendre l’uranium du pays sur le marché international, rompant le monopole et les contrats privilégiés qui liaient historiquement l’exploitation (via des filiales du géant français Orano) à l’ancienne puissance coloniale. Cette décision, saluée comme un acte de souveraineté nationale par les syndicats et les autorités, accentue l’affaiblissement de l’influence économique française. Les accusations persistantes d’exploitation inéquitable et d’impacts environnementaux liés à l’utilisation passée présumée d’armes à uranium appauvri par les forces occidentales dans la région, bien que niées par la France, continuent d’alimenter le ressentiment post-colonial et de légitimer les régimes militaires qui prônent la rupture.
La Crise Diplomatique Aigüe et la Logique de Souveraineté

Le point culminant des tensions diplomatiques a été atteint en septembre 2025, lorsque la junte malienne a interpellé un citoyen français, le présentant comme un agent de renseignement étranger impliqué dans une tentative de déstabilisation. Cette action, qualifiée de « sans fondement » par Paris, a entraîné en représailles l’expulsion de diplomates maliens, suivie d’une demande de réciprocité par Bamako, conduisant à la suspension officielle de la coopération sécuritaire et antiterroriste. Ces mesures illustrent l’entêtement de la junte malienne à appliquer une doctrine de souveraineté totale, impliquant la rupture avec tout vestige de la « Françafrique » et le rejet des ingérences perçues. Les autorités maliennes continuent de fustiger la France, l’accusant d’être responsable de la dégradation sécuritaire pour justifier leur propre montée en puissance. La France a réagi en recommandant à ses 4 000 ressortissants de quitter temporairement le Mali, puis en allégeant son personnel diplomatique non essentiel. Cet affaissement des relations historiques se déroule dans un contexte de montée en puissance de l’Alliance des États du Sahel (AES), perçue comme un contre-poids à la CEDEAO et à l’influence occidentale, et d’un rapprochement idéologique et sécuritaire de l’AES avec d’autres puissances comme la Russie et la Chine, signifiant la fin d’une ère de domination unilatérale et l’avènement d’un espace sahélien véritablement multipolaire et disputé.
Les tensions Mali-France en 2025 marquent la fin d’un cycle post-colonial, accélérée par la junte malienne et la perte d’influence française. Le retrait sécuritaire et diplomatique, conjugué aux accusations sur l’uranium et l’instabilité grandissante après le départ de Wagner, projette le Sahel dans une ère de souveraineté affirmée, mais face à une incertitude sécuritaire et géopolitique sans précédent.